
«sachez-le pour être bibliothécaire il faut aimer
le classement et être obéissant...»
Sophie Divry - La cote 400
Alors, pris dans la tourment des courses de dernières minutes ? moi aussi ! Et je trouve pas facilement ce que je cherche... Et en attendant de trouver, question d'oublier mes angoisses existentielles, j'ai lu avec beaucoup de plaisir un tout petit livre (65 pages) pour initié seulement ; «La cote 400» de Sophie Divry. Pour initié seulement ? Oui. J'insiste. Premier roman de cette jeune femme vivant à Lyon, «La cote 400» raconte l'histoire d'une bibliothécaire qui jette un regard amer sur une profession qu'elle pratique par dépit depuis vingt-ans ans. Par dépit car refusée au concours de professeur.
Une femme seule parmi les livres.
Voilà qui aurait pu figurer comme sous-titre au roman. Car seule, l'héroïne de ce roman l'est ; seule parmi les livres et ignoré par les usagers de sa bibliothèque. Oubliée aussi de l'administration qui l'a reléguée au sous-sol, dans un endroit oublié de tous, avec des livres oubliés de tous - la géographie - qui s'intéresse à la géographie aujourd'hui !
«Régulièrement, ils font des bêtises. C’est inévitable.
Ils déclassent, ils volent, ils écornent, ils dérangent.
Il y en a même qui arrachent des pages. [...] Ce sont
toujours des hommes. Comme les maniaques du surlignage,
toujours des hommes. Il n’y a que les hommes pour
légitimer ainsi leurs interventions sur un livre, leurs
corrections ou leurs avis dans la marge.»
Sophie Divry - La cote 400
Bibliothécaire ; un métier ou un calvaire ?
À lire «La cote 400», on imagine que le métier de bibliothécaire est un calvaire. Tous les jours. Surtout la faute des usagers - oui, vous. Et vous encore. Par moment, on dirait Tatie Danielle tellement elle semble détester son métier. portant, elle aime les livres. Mais que les livres bien rangée sur une tablette.
«au fond, un lecteur vient dans une bibliothèque
que pour y mettre du désordre. Donc, si on veut
limiter la casse, il faut les surveiller de près.
Ma mission peut se résumer à cela : empêcher les
lecteurs de pervertir le grand ordonnancement de
mon sous-sol. Je n’y arrive pas toujours.»
Sophie Divry - La cote 400
Mais encore ?
le roman est drôle, touchant même. Un long monologue un peu trop stéréotypé tout de même : j'ai des amies bibliothécaires et elles ne ressemblent en rien au personnage de Sophie Divry. Ce qui ne veut pas dire qu'un tel personnage n'existe pas. Le roman sera particulièrement apprécié par les initiés ; les habitués des bibliothèques et ceux et celles qui y travaillent. Pour les autres, pour vous autres, se ne sera qu'un long monologue d'une femme invisible, perdus entre les livres de géographie.
La cote 400
Sophie Divry
Les allusifs. 2010
15.50$
9782923682136
CCR : 131.r/DIV
mardi 21 décembre 2010
Compte de mots - 21 Décembre
vendredi 23 juillet 2010
Compte de mots - 23 Juillet

Passage réussit !
C'est un passage réussit pour Suzanne Myre qui, après avoir publié cinq recueils de nouvelles, est passé du coté du roman avec «Dans ma bulle», paru aux Éditions Marchand de feuilles. Le roman, d'un peu plus de 400 pages, raconte les déboires amoureux et la vie «ordinaire» de Melisse, entre un ex un peu (beaucoup) perturbé, son boulot à l'hôpital et une amie nymphomane. Vient se greffer au récit quelques personnage dont celui du Docteur Henry (qui prendra de plus en plus d'importance), Monsieur Gouin. «Dans ma bulle» c'est aussi l'histoire d'une quête ; celle du père inconnu. Et celle de pleins de personnages «fragiles» et parfois attachants.
J'ai bien aimé l'histoire, mais tout n'est pas parfait dans ce premier roman, à commencer par la dimension unique des personnages ; tous (ou presque) réagissent de la même façon, ont le même type d'humour (grinçant), le même type de comportement ; on a parfois l'impression que seuls les noms changent. Je n'aime pas non plus la fin du roman, qui se termine avec la mort d'un personnage, la tentative d'assassinat d'un autre, la révélation d'un secret par le biais d'une télévision, bref, la fin est pas très inspirante. Mais je le répète ; malgré les quelques bémols, c'est un passage réussit pour Suzanne Myre. Elle prouve hors de tout doute qu'elle a du talent (beaucoup de talent en fait) et de l'imagination aussi.
Sur l'auteure
«Dans sa bulle» est le sixième livre de Suzanne Myre, mais son premier roman. Née en 1961, elle est lauréate du Grand Prix littéraire de Radio-Canada et du prix Adrienne-Choquette et finaliste au Prix des libraires et au Prix France-Québec (ouf !).
Petit bémol pour la maison d'édition (Éditions Marchand de feuilles) : je ne m'explique pas le prix de 30$ pour ce livre, sachant qu'il est imprimé sur un mauvais papier journal, avec des pages parfois jaunes et parfois, d'un blanc de mauvais goût...
Suzanne Myre
«Dans sa bulle» (roman)
Éditions Marchand de feuilles
Montréal, 2010. 413 pages.
ISBN : 9782922944686
CCR : 111,1.r/MYR
mardi 23 février 2010
Compte de mots - 23 Février

La jeunesse en trois temps, trois mouvements...
J’ai lu deux livres en fin de semaine. Mais j’aimerais m’attarder plus spécialement sur un seul des deux : «Rose amer» de Martine Delvaux. J’avais adoré son opus antérieur («c’est quand le bonheur?»). Encore une découverte de l’ami Julien. Et c’est encore lui qui m’a écrit l’automne dernier pour m’annoncer que Martine Delvaux s’apprêtait à sortir un nouveau roman. Mais j’ai dû attendre tout ce temps avant de mettre la main sur le livre.
Des les premiers mots, on sait que «Rose amer» sera très différent de «c’est quand le bonheur?». Mais c’est toujours aussi beau. Toujours aussi vrai. Le roman raconte une histoire en trois temps, trois lieux : la campagne, la banlieue, la ville. Et trois âges dans la vie d’une jeune fille (l’enfance, l’adolescence et jeune adulte). L’apprentissage de la vie se fera loin des hommes, car «Rose amer» est un univers essentiellement féminin (les hommes y sont quasiment absents).
«Je suis arrivée dans un monde où on
ne parlait plus des hommes. Ce n'était
pas un sujet de conversation parce
qu'ils n'existaient pas vraiment,
seulement les grands-pères, les
patrons, les voisins, les médecins»
P. 9
«Rose amer» c’est aussi l’histoire de Manon-juste-Manon, BB, Valence Berri et de combien d’autres qui, dans une village de campagne perdu ou dans une banlieue désoeuvrée, rêvent pour échapper à la violence insoupçonnée de l’ordinaire.
«Pendant deux ans, dans ce village
maudit, ma meiulleure amie c’était
Valence Berri. À la vie à la mort,
on avait promis de ne jamais s’oublier.
[...] Peu de temps après mes dix ans,
elle m’avait laissé tomber.»
P. 70
J’ai vraiment aimé «Rose amer». Plus que «c’est quand le bonheur?» ? Non. Mais se sont tellement deux univers différents qu’il m’est difficile de dire lequel des deux romans j’ai préféré. Ce que je sais en revanche, c’est que si j’aimais beaucoup Martine Delvaux ; maintenant, je l’adore ;-)
«Rose amer»
Martine Delvaux
Heliotrope, 2009. 148 pages.
ISBN : 9782923511184
CCR : 111,1.r/DEL
samedi 3 octobre 2009
Compte de mots - 03 Octobre
Le monde selon Richler
Contrairement à l'amie Jules, j'ai adoré «Le monde de Barney» de Mordecai Richler. Si l'homme était imbuvable, prisonnier d'un personnage qu'il s'était lui-même construit, il n'en demeure pas moins que l'écrivain a une plume vivante.
«Le monde de Barney» c'est avant tout les mémoires de Barney Panofsky. Il raconte tout : ses trois épouses, ses deux ans à Paris, les fêtes, les bons coups, les affaires, les amitiés. Barney, qui n'avait rien d'un artiste, revient à Montréal et fait fortune d'abord dans l'exportation et par la suite dans le cinéma.
«Le monde de Barney» c'est aussi le Montréal anglophone, Westmount et son snobisme... C'est aussi le hockey et les Canadiens de Montréal, c'est le référendum avec le point de vue de nos anglos. «Le monde de Barney» c'est un roman drôle, sarcastique, fin même. Oui, les francos y sont parfois écorchés, mais Richler ne manque pas non plus d'écorcher les anglos.
Dommage que la traduction soit si mauvaise. En fait, soyons juste : la traduction n'est pitoyable que lorsqu'il est question de hockey (a un point tel que j'ai de la difficulté à croire qu'il s'agisse de hockey), dans les noms de rues pas traduits, etc. Mais pour le reste, c'est plutôt bien de la part d'un traducteur de Paris qui ne connaît rien notre réalité !
Un mot sur l'auteur
Né à Montréal, Mordecai Richler (1931-2001) est considéré comme l'un des plus grands écrivains canadiens. Journaliste, polémiste et sarcastique, il pourfend la bêtise humaine de sa plume incisive.
«Le monde de Barney»
Mordecai Richler
Titre original : «Barney's version»
Traduit de l'anglais (Canada) par Bernard Cohen
Le livre de poche, 604 pages. 2001 pour cette édition.
ISBN : 9782253149958
CCR : 111.r/RIC
vendredi 25 septembre 2009
Compte de mots - 25 Septembre
Mémoires d'un salaud - qui n'en était pas un !

Juste avant de faire le grand saut vers la mort, une vieil homme se remémore ses jeunes années en Islande et au Danemark et décide d'écrire ses mémoires. Obsédé au quotidien par le cauchemar récurrent d'un crime qu'il aurait commis quelque cinquante ans plus tôt, par dépit amoureux, ce «crime» aura eu une influence décisive sur son existence. Et c'est au seuil de la mort qu'il apprendra la vérité sur le crime, qu'il comprendra qu'il a vécut cinquante ans dans le mensonge - son mensonge - détruisant ainsi sa vie et celles des gens qui l'entoure. Tout ça pour une crime qui n'aura pas eut de conséquence mais pour lequel il a payé le prix : une vie sans repos, obsédé par «son» crime...
Une histoire somme toute banale - et un crime banale aussi. Pas un grand roman. Quelques belles descriptions de la vie au Danemark sous le joug des nazies.
Sur l'auteur :
Olafur Jóhann Olafsson est né en 1962 à Reykjavik. Il vit à New York avec sa femme et ses enfants.
«Absolution»
Olafur Johann Olafsson
Le Seuil, Collection Cadre vert
Traduit de l'anglais par Isabelle Perrin et Mimi Perrin
1996, 254 pages.
ISBN : 9782020222051
CCR : 149.r/OLA
Compte de mots - 25 Septembre
Parce que parfois, l'humour ne franchit pas la barrière du temps.
J'avais hâte de lire ce roman, acheté il y a quelques temps chez mon libraire. Je connaissais Wodehouse de réputation (surtout pour son personnage de valet de chambre «Jeeves»). Mais quel ne fut pas ma déception - qui allait grandissante au fur et à mesure que j'avançais ma lecture du roman - de découvrir un mauvais Courteline, un mauvais Feydeau. Moi qui suis pourtant sensible à l'humour Britannique (j'ai appris et amélioré mon anglais avec les Monty Pythons), force est de constater que l'humour de Wodehouse (du moins avec ce roman) ne franchit pas la barrière du temps. Rien dans le roman pour nous faire sourire, ne serait-ce qu'une seule fois. L'histoire n'existe que par les malentendus, les quiproquos et autres «erreur sur la personne».
Récit échevelé, ruptures et réconciliations à la chaîne et situations invraisemblables ne font pas un bon roman. Un mauvais burlesque donc. À oublier.
Un mot sur l'auteur:
Pelham Grenville Wodehouse, mieux connu sous l'acronyme P-G Wodehouse est né en Angleterre le 15 octobre 1881. C'est sans doute par son personnage du valet de chambre «Jeeves» que P-G Wodehouse est devenu célèbre. L'auteur, prolifique, a écrit plus de 90 livres (sous forme de romans et recueils de nouvelles), des récits, des articles, des pièces de théâtres, des chansons et des comédies musicales. Naturalisé citoyen des États-Unis en 1955, il meurt à New York le 14 février 1975.
Jeeves (et Bertie) seraient aussi connus au Royaume-Uni que Sherlock Holmes et le docteur Watson.
«Éclair de chaleur» (roman)
P-G Wodehouse
Titre original : Summer Moonshine (1938)
Traduit de l'anglais par Françoise de Moreuil
Le Potulan, coll. Les grands écrivains de langue anglaise - Angleterre
1947 pour cette édition. 379 pages.
ISBN : NSP
CCR : 121.r/WOD
lundi 31 août 2009
Compte de mots - 31 août
Parfum des camélias
Je suis tombé en amour avec ce tout petit livre. C'est le genre de livre qu'il est possible de lire en moins d'une heure. Mais on s'y refuse. Et comme pour se donner l'impression que le livre ne s'arrêtera pas au bout d'une heure, on ne lit quelques pages à la fois, avant de refermer le livre. Puis, on reprends là où on a laissé. Et c'est ainsi que s'écoule tranquillement un après-midi triste de pluie.
«Il pleut depuis la mort de ma mère. Je suis assise près de la fenêtre qui donne sur la rue.»
P. 7
«Tsubaki», c'est l'histoire d'une rédemption, d'une quête. C'est l'histoire d'un amour impossible, de la guerre et du refus de l'oubli. Dans ce petite livre, on retrouve toute a beauté du monde - et toute son horreur aussi : dans une lettre laissée à sa fille a sa mort, une survivante de Nagasaki raconte son enfance et son adolescence au Japon. Une vie familiale marquée par les mensonges d'un père, les silences d'une mère et de son amour impossible pour un un garçon de son âge.
- «Tu ne m'aimes plus ?
- Si. Mais je ne peux plus te rencontrer.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Dis-moi, s'il te plaît.
-Ne me demande pas pourquoi, je t'en prie
Je le quittai en courant.
- Je t'attendrai toujours ! cria-t-il derrière moi».
P. 102
Si vous aimez les ambiances feutrées, intimes, alors ce roman est pour vous.
Aki Shimazaki
«Tsubaki» (roman)
1999. 131 pages.
Leméac/Actes Sud, collection Un endroit où aller
2742722548 (l'édition québécoise publiée chez Leméac porte le ISBN 276092050X)
CCR : 161.r/SHI
Un mot sur l'auteur.
Née au Japon en 1954, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. «Tsubaki» est son premier roman écrit en français. Ce roman est le premier de cinq, d'un cycle intitulé «Le poids des secrets» :
«Tsubaki»
Leméac/Actes Sud, 1999
«Hamaguri»
Leméac/Actes Sud, 2000
«Tsubame»
Leméac/Actes Sud, 2001
«Wasurenagusa»
Leméac/Actes Sud, 2002
«Hotaru»
Leméac/Actes Sud, 2004
Aki Shimazaki considère qu'elle est «née» en tant qu'écrivaine au moment où elle découvre «Le Grand Cahier», célèbre roman d'Agota Kristof.
Elle voit son oeuvre remporter le Prix du Gouverneur-Général pour «Hotaru» en 2005, le Prix Canada-Japon pour «Wasurenagusa» en 2004 et le Prix Ringuet pour «Hamaguri» en 2001.
mercredi 22 juillet 2009
Compte de mots - 22 Juillet
- photo à venir -
Le libraire
Je ne parle pas ici de l'excellente revue Le Libraire (http://www.lelibraire.org/) mais bien du «classique» de Gérard Besette (1920-2005) écrit en 1960 et que toute une génération d'étudiants dû lire à une certaine époque au Québec. Avec «Le libraire», Bessette dénonce l'hypocrisie d'une époque et d'une société, celle d'avant la «révolution tranquille»*
Raconté sous forme de journal, Hervé Jodoin, personnage principal du roman, y décrit sa vie de libraire (le jour) et de grand buveur de bière (le soir) et règle ses comptes avec ses semblables (qu'il n'aime pas), avec le clergé (qu'il juge ennuyeux et inutile) et avec une société qui se refuse aux changements. L'action se déroule dans un village fictif, dans un Québec que bien des jeunes aujourd'hui auraient peine à reconnaître : un Québec qui vit sous le joug et la peur du clergé, présent dans toutes les sphères de la vie. Dans un Québec «né pour un petit pain» et obligé de se taire, de baisser les yeux et de dire «yes boss».
Le roman a beau avoir été écrit il y a tout près de 50 ans, j'ai senti moins de distance entre moi et le livre (écrit en 1960) qu'avec «Le retour des oies blanches» de Marcel Dubé (écrit en 1968) que j'ai lu plus tôt cette semaine (et qui fera l'objet d'un billet sous peu).
Je recommande la lecture du roman de Bessette à tous ceux et celles qui ne connaissent pas bien cette période un peu sombre du Québec, période que certains historiens appellent «la grande noirceur» ou encore «le duplessisme».
Un fait intéressant sur le livre :
Pour éviter la censure du clergé, Gérard Bessette doit passer par la France pour faire imprimer son livre.
Le libraire
Gérard Bessette
Cercle du livre de France, collection Poche Canadien
153 pages. 1968 pour cette édition.
Drôle : j'ai acquis ce livre en usagé en décembre 1986 au prix de 1 $ ; c'est le prix qu'on en demandait en 1968...
___________
* qui ne fut pas une révolution et qui fut loin d'être tranquille, mais ça, c'est une autre histoire...
lundi 29 décembre 2008
Compte de mots - 29 Décembre
«Howards End» de E. M. Forster
Comme j'ai pu aimer ce roman qui dans sa facture, doit beaucoup a Jane Austen et ce, même si le roman de E.M. Forster fut publié près de 100 ans après «Orgueil et préjugés». J'ai pris tout mon temps pour savourer ce coté vieille Angleterre, cet affrontement entre deux familles, deux mondes que tout oppose : l'humanisme des Schlegel et le matérialisme des Wilcox. Mais c'est surtout dans la difficulté à communiquer avec autrui que se construit cette histoire.
«Après le petit déjeuner, elle lui demanda un bref entretien»
- «Mais oui, dit-il. Bien sûr, j'ai du temps, ma chère amie. Que demandez-vous ?»
- «Rien.»
(page 242)
Le livre s'ouvre avec une lettre d'Helen, qui séjourne à Howards End et le livre se termine à Howards End : mais entre les deux, que de détours, que d'aventures, de déchirements aussi. Un beau portrait de la société anglaise d'avant guerre, dans ce qu'elle avait de plus noble et de plus détestable. À lire et à relire.
Mais fidèle à son exécrable habitude, 10/18 aura su être médiocre jusque dans les 19 petites phrases de la C4 en écrivant «En devenant la seconde Mrs. Wilcox, Helen Schlegel...» Tous le monde sait bien que ce n'est pas Helen qui deviendra la seconde épouse de Mr. Wilcox, mais bien Meg (Margaret). Et si sur la C4 on écrit le nom de Helen à l'anglaise, à l'intérieur du livre, on francise son nom en Hélène : c'est pas sérieux, c'est un ou l'autre. Cette maison d'éditions fantoche ne mérite plus que j'achète ne serait-ce qu'un seul livre neuf ; je vais me contenter - comme pour ce livre - d'acheter usagé. Ainsi, cette médiocre maison d'éditions n'aura plus un seul sous de moi.
On dit de «Howards End» que c'est le véritable chef d'oeuvre de Forster, plus que «La route des Indes». Au lecteur d'en juger...
E. M. Forster
«Howards End» (roman)
Traduit de l'anglais par Charles Mauron
10/18, collection Domaines étrangers
1992 pour cette édition. 379 pages
ISBN :9782264017932
CCR : 121.r/FOR
dimanche 28 décembre 2008
Compte de mots - 28 Décembre
La douceur des hommes
Ne dit-on pas que «dans les petits pots les meilleurs onguents» ? En tout cas, ça s'applique à merveille a ce tout petit roman - son premier en fait - de Simonetta Greggio et intitulé «La douceur des hommes». Le roman de format poche fait tout juste 154 pages et mise à part pour la dernière partie du roman qui est à mon avis de trop (mais ça se rattrape pour les toutes dernières pages), tout le roman est d'un grand bonheur. C'est un roman qui nous parle de l'amour de la Vie et de l'Amour tout court. C'est une histoire tout en douceur et tout en désir.
- «Vous lui avez dit [...] que vous l'aimiez ?»
-«Non, c'était trop tôt... et puis tout d'un coup, ça été trop tard».
(page 141)
«La douceur des hommes» c'est l'histoire de Fosca qui, au seuil de sa vie, se raconte. Ce qu'elle raconte ? Essentiellement, son rapport avec les hommes qu'elle a aimé. Mais c'est aussi un ode à la vie. À l'importance de croquer le présent. Et c'est Constance, sa petite fille «adoptive», qui l'écoute, le temps d'un «road trip» vers l'Italie. Après la mort de Fosca, Constance découvre des lettres, un journal et la vérité sur ce qui l'unit à Fodca.
Un très beau roman donc, qui nous réconcilie avec la Vie et L'Amour, avec les hommes et les femmes. Du moins, durant 154 pages...
Simonetta Greggio
«La douceur des hommes»
Le livre de poche, 153 pages
2007 pour cette édition
ISBN : 9782253116073
CCR :143.r/GR
jeudi 13 novembre 2008
Compte de mots - 13 Novembre

Image qui correspond à réédition de 2008
Les lettres molles
Le roman «Les lettres de Capri» de Mario Soldati s'est avéré très décevant. Je pourrais résumer ainsi : un type aime sa femme, mais il aime aussi sa maîtresse. Il est incapable de choisir entre les deux. Lorsqu'il est avec sa femme, il pense à sa maîtresse. Lorsqu'il est avec sa maîtresse, il n'a de cesse de penser à sa femme. ZZZZZzzzzz !
Encore l'histoire d'un homme qui n'est pas capable de s'affirmer, de choisir entre deux. Disons que je suis un peu tanné de cette sorte de mauviette dans la littérature. Reflet d'une société ? Malaise chez l'homme du XXIe siècle ? Le roman fut publié en 1954 en Italie...
Édition originale en français
Plon, collection feux croisés/âmes étrangères
Paris, 309 pages.
pas de ISBN
lundi 12 mai 2008
Compte de mots - 12 Mai

« Le champ de glace » de Thomas Wharton est un petit livre tout à fait charmant. Vraiment. Le livre raconte l'histoire du docteur Edward Byrne qui quitte son Angleterre pour participer à une expédition dans les Rocheuses canadiennes. Après plusieurs jours de marche, le docteur chute dans une crevasse. Alors que suspendu la tête en bas et redoutant que le moindre geste ne le précipite au fond de la crevasse, le docteur Byrne distingue une mystérieuse forme ailée prise dans la glace. Cette vision d'un être ailé ne cessera de l'habiter. Tellement en fait qu'il y revient année après année. Sur son chemin, il croisera des êtres attachants ; un poète, une aventurière, une femme qui l'aime (mais qu'il ne se décide pas à aimer), des hommes d'affaires, des visionnaires. Finalement, le docteur Byrne va passer une partie de sa vie à étudier, avec minutie, la progression et le déclin du glacier - et il finira par retrouver la crevasse.
Une histoire simple, mais combien intéressante. On s'attache facilement aux personnages. L'histoire est crédible. Bref, un bon petit roman à lire avec un bon thé et deux heures de libre devant soi pour l'aventure... un premier roman pour ce canadien, roman qui fut accueilli par la critique comme étant « exceptionnel par son ampleur, la rigueur de sa construction, sa beauté profonde et son style ».
« Le champ de glace »
Thomas Wharton
Rivages, Collection Littérature étrangère
214 pages, août 2000 pour cette édition
ISBN : 9782743606718
CCR : 111.r/WHA
samedi 5 avril 2008
Compte de mots - 05 Avril

J'aime beaucoup David Lodge. "La chute du British Museum" et surtout "Pensées secrètes" sont des romans que je relirais avec beaucoup de plaisirs. Mais j'ai un peu moins apprécié le roman "Changement de décor". Premièrement, j'y ai trouvé moins d'occasion de rire - et de réfléchir. Est-ce le sujet qui est trop loin de moi (les congrès entre spécialistes de la littérature anglaise) ? La sexualité, qui semble prendre de plus en plus de place dans le discours de Lodge (au point d'évacuer tout le reste) ? Les descriptions à ne plus finir (souvent sur des sujets ma foi bien anodins) ? Les lieux communs ? L'ironie qui ne tient plus la route ?
Je ne sais trop. Sans doute un peu de tout ceci. Toujours est-il qu'avec ce roman, je suis resté sur mon appétit. Comme jamais rassasié.
Et puis, les coïncidences, les gens qui se rencontrent "par hasard" (le hasard fait bien les choses dans ce roman), arrive un moment ou on se dit : "c'est trop" : trop de "hasards", trop "un petit monde".
Déception donc pour ce roman ou le hasard est en quelque sorte le fil conducteur du livre. J'étais habitué à plus de rigueur chez David Lodge. Dommage...
Un tout petit monde
David Lodge
Traduction de "Small World". Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Maurice et Yvonne Couturier. Préface de Umberto Eco
Rivages, 416 pages
ISBN : 9782869304666
CCR : 121.r/LOD
jeudi 27 mars 2008
Compte de mots - 27 Mars

Les confessions d'une hystérique
Dire que j'ai aimé ce deuxième roman de Justine Lévy serait exagéré. Apprécié peut-être... On ne pourrait à Justine Lévy sa plume, assez belle dans l'ensemble. Pas plus qu'on ne pourrait lui reprocher l'histoire en général. C'est juste qu'entre le roman à clé, l'auto-fiction et les confessions d'une hystérique, on finit par... s'ennuyer. Bon d'accord, le portrait qu'elle fait de la "nouvelle" Madame Sarkozy (Carla Bruni) est drôle, mais pour le reste, c'est assez terne : des problèmes de relation de couple, une dépendance aux amphétamines, un avortement, la mort d'une grand-mère adoré, tous ça n'est pas très rigolo. Mais ça fait partie des aléas de la vie. Sauf que tout ce qiue la romancière vit semble plus "grave" parce que ça arrive à elle, fille du grand BHL (Bernard-Henri Lévy). Et c'est ce qui agace le plus dans le roman ; le coté "victime" de cette pauvre gosse de riches. On n'y croit tout simplement pas.
À lire si vous êtes du genre Paris-Match (on dit "People" en France). À lire si pour vous, tenter de de découvrir qui est qui, qui se cache sous tel ou tel pseudonyme est une partie de plaisir. À lire aussi si le petit coté "parfait" de la nouvelle madame Sarkozy vous agace ; Justine Lévy démolit totalement le mythe de cette femme "parfaite"...
Rien de grave
Justine Lévy
Stock - roman
194 pages
ISBN : 9782234056732
samedi 23 février 2008
Compte de mots – 23 Février

Si on me demandait de résumer le livre Deux points de vue de l’allemand Uwe Johnson, je crois que je me contenterais de dire que l’écrivain avait saisit toute l’importance du poids des mots. Mais comme il me faut en dire un peu plus, je vous dirai seulement que c’est l’histoire de D., une allemande de l’est et de B., un allemand de l’ouest. L’histoire – leur histoire en fait – coïncide avec la construction du mur. B. va tenter de faire sortir D. d’Allemagne de l’est. Mais avant d’être une histoire d’évasion (ce n’est surtout pas ça) et avant d’être une histoire d’amour (ce n’est pas tout à fait ça), c’est avant tout l’histoire d’une confrontation, d’une vision, d’une division même : celle de l’est et celle de l’ouest.
C’est quelque fois (mais pas toujours heureusement) nébuleux et la lecture du roman demande une bonne connaissance de l’histoire des deux Allemagne, avant et pendant la construction du mur. J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans un pan de « l’Histoire » si loin de nous maintenant et pourtant, si proche.
Deux points de vue
Uwe Johnson
Titre original, Zwei Ansichten
Traduit de l’allemand par Gabrielle Wittkop-Ménardeau
Gallimard – Du monde entier
Paris, 1968, 269 pages.
CCR : 141.r/JOH
jeudi 10 janvier 2008
Compte de mots – 10 Janvier

J’ai terminé il y a quelques jours, la lecture d’un livre tout simplement extraordinaire : C’est quand le bonheur ? de Martine Delvaux. Je suis tellement emballé en fait que dors et déjà, j’en ai fait MON livre de 2008 (et nous en sommes que le 10 janvier...)
Souvent drôle, tendre aussi, c’est un roman sur l'amitié surtout, l’amitié qui survit à tout - même à l’amour. Mais c’est aussi un roman sur l’amour, sur la vie de tous les jours, raconté à travers les souvenirs et les petits moments du quotidien. C’est un roman qui touche directement le coeur du lecteur.
Même si l’histoire nous est racontée par la narratrice, ce n’est pas uniquement l’histoire d’une femme, mais aussi celle d’un homme. C’est aussi - et surtout ? - leur histoire à eux, ensemble. Commune.
Passé et présent sont tous deux présents dans le livre. On passe de l’un à l’autre sans jamais s’y perdre, parce que cette homme et cette femme c'est aussi un peu vous et moi, votre histoire et mon histoire...
C’est le genre de livre que je me refuse à lire d’une couverture à l’autre, même si la tentation ne manque pas. Pourquoi ? Pour faire durer le plaisir, tout simplement. Peut-être aussi pour se faire croire que le livre n’aura jamais de fin.
Emporté par mon enthousiasme, j’oserais même écrire que cette histoire, telle que racontée par Martine Delvaux, est une histoire universelle et à ce titre, c’est un roman qui devrait intéresser autant le lecteur d’ici que d’ailleurs.
À lire et à relire...
Le bémol ? Il ne concerne ni l’auteure ni son écriture ; c’est le site Internet de la maison d’éditions que je pointe du doigt : il requiert l’utilisation du lecteur Flash de macromedia – et la plus récente version s.v.p. – sinon, vous êtes persona non grata (ce qui est mon cas !) Juste pour ça, je vais écrire un mot aux éditeurs qui, on le devine, ne sembler rien comprendre à Internet. Consolation ? Coté livres, ils s’y connaissent.
Martine Delvaux
C’est quand le bonheur ?
Héliotrope, Montréal. 2007, 158 p.
ISBN : 9782923511061
CCR : 111,1.r/DEL
mercredi 26 décembre 2007
Compte de mots – 26 décembre

« Je sais que toutes ces balivernes viennent des livres... »
- Cecilia Stefanescu, Liaisons morbides, P. 140
Ce livre – dont le titre en roumain est « Liaisons pornographiques » - n’est ni pornographique ni morbide. N’empêche, il n’est pas passé inaperçus dans la Roumanie natale de la jeune romancière. Scandaleux pour les uns, acclamé par les autres, le roman raconte l’histoire d’une jeune femme – on ne connaît pas son nom – qui quitte sa ville de province pour Bucarest avec la belle Alex, son amie de coeur. Mais bien avant l’expérience de la « dope », de l’alcool et du sexe, c’est de liberté que sont éprises les deux filles : liberté de penser et d’agir, loin des conventions et surtout, loin de la rectitude politique. Elles vont aussi faire l’expérience de la séparation, des excès, de la vie en groupe, de moments de solitude.
Dans le livre, on se promène allègrement, passant du présent au passé. Le procédé n’est pas nouveau et Cecilia Stefanescu ne renouvel pas le genre. Pourtant, on s’attache à son écriture. On s’attache aussi à la narratrice. Le propos n’est pas toujours clair, mais l’aventure intéressante. Voilà un livre qui devrait plaire à notre amie Blanche de Paris...
Liaisons morbides, Cecilia Stefanescu
Traduit du roumain par Laure Hinckel
Editions Phébus, Collection D'aujourd'hui Étranger
170 pages
ISBN : 978-2752901446
mercredi 3 octobre 2007
Carnet de vacances – 03 octobre
Léon X, (XVIe siècle)
Un ami m’a prêté un livre très tendance - style Dan Brown, conspiration de l’église, aveuglement de l’état, etc., voyez un peu le genre ! Il s’agit du roman « Le dernier templier » de Raymond Khoury (un coup de coeur réno-bray ; yerk !). Bon, aussi bien mettre cartes sur table tout de suite ; moi ce genre de livre, c’est vraiment pas ma tasse de thé. Pas du tout en fait. Mais disons tout de même que la première moitié du livre est intéressante. Le vol audacieux, la quête des méchants, les morts en cours de route, tout ça à des allures de roman policier. Mais l’auteur annonce trop vite ses couleurs ; dès les premières pages le lecteur pas même futé pour deux sous devine qu’il y aura une affaire de coeur entre la belle archéologiste (Tess) et un agent du FBI (Reilly) – je vous dévoile rien tellement c’est évident. Malgré tout, c’est pas si mauvais. Mais lorsque Tess trouve seule et à la seule force de déduction ce que des équipes complètes du FBI ne trouvent pas, on se dit forcément : ben dit donc, quel cerveau cette femme ! Et c’est à ce moment qu’elle a l’idée de fausser compagnie à la police – et de son agent du FBI - pour partir seule, quelque part au moyen orient. Et c’est là que j’ai décroché : ce qui avait encore un semblant de vraisemblance devient d’une telle fiction que non, désolé, mais j’ai décroché.
Rendons tout de même à César... c’est relativement bien écrit et l’histoire saura plaire à l’amateur du genre. Mais on n’invente rien ici : c’est du déjà lu...
À l’instar de Léon X qui écrivit Il nous a bien servis, ce mythe du Christ, j’ajouterais « surtout aux écrivains en mal de conspiration ».

Raymond Khoury
Le dernier templier
Presse de la cité, 460 p.
ISBN : 9782258069664
mercredi 13 juin 2007
Compte de mots - 13 juin

Je, François Villon
Soyons franc, de Villon lui-même, nous ne connaissons rien ou presque. C’est pourquoi approcher le poète et son époque était un pari risqué. Risqué mais réussit haut la main par Jean Teulé.
Magnifique roman donc - mais publicisé comme un récit biographique. Jean Teulé utilise une langue toute en poésie, tout en rythme et c’est avec beaucoup de sensibilité, d’intelligence et de justesse qu’il nous décrit Villon et son époque.
Les poèmes fondateurs de l’oeuvre du poète sont prétextes des causes (et ses conséquences) des malheurs et des joies dans la vie du poète.
Mais attention coeur sensible, rien ne nous est épargné : meurtres, tortures, viols, décapitation, famine, banditisme ... euh ! le menu quotidien du bulletin de 18h en fait, mais à la sauce XVe siècle
Si on doit se résoudre a admettre que de grands pans de la vie et de l’oeuvre de Villon nous échappent encore, il ne faut pas gâcher son plaisir ; il faut lire (ou relire) l’oeuvre de ce « premier » poète maudit, en s’accompagnant du roman de Teulé : c‘est ce que j’ai fais, en accompagnant la lecture du roman avec les oeuvres complètes de Villon (une « vieille » édition antérieur à 1940, achetée pour une bouchée de pain dans un petit village de l’Outaouais au début des années 1990).
La ballade des pendus (extraits)
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre !
Cette ballade fut admirablement chanté par Serge Reggiani
TEULÉ, Jean.
Je, François Villon,
Paris, Pocket No. 13135, 2007, 435 p.
9782266166539
131.r/TEU
vendredi 2 mars 2007
Compte de mots - 2 mars

Moins connu qu’un autre roman policier du même nom (ou presque), « Orient-Express » de Graham Greene n’en demeure pas moins un roman tout aussi efficace. Je n’ai qu’une cinquantaine de pages de lus - sur près de 250 - et je suis tout à fait embarqué dans l’histoire. Dès les premières pages la table est mise, le climat installé. L’intrigue est lente à s’installer et c’est une des forces du roman - un rythme lent mais jamais ennuyeux. Un espèce de huis clos ou des voyageurs, réunis par le hasard, vont, ont le sent, s’unir et se déchirer sur fond de drame.
« Orient-Express » de Graham Greene
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Denise Clairouin
243 P., 1961 (1959 pour la 1re édition en français)
LGF, coll. Le livre de poche No. 425
