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vendredi 27 mars 2009

Compte de notes - 27 Mars




L'orgue, mur à mur

«La musique de Philippe(sic) Glass est hyper-structurée et très intelligente. [...] Mais il y a une cellule souche dans tout ça. Cette cellule, Glass l’additionne, la multiplie et la transforme plusieurs fois. À un moment, ça devient comme un mantra. Ce n’est pas moi qui ai dit ça, mais quelqu’un a dit de sa musique: Chez Philip Glass, le temps n’est pas une continuité, c’est une succession de moments.»
- Angèle Dubeau, en entrevue pour Québécor.

J'imagine que c'est infiniment gratifiant pour un musicien que de voir sa musique repris pas d'autres musiciens : et c'est ce qui se passe de plus en plus pour la musique de Philip Glass ; ils sont nombreux les musiciens, orchestres et ensembles à reprendre la musique de Philip Glass, contrairement à ce que laissait entendre Angèle Dubeau dans une entrevue [1]. En c'est en furetant dans le site de Amazon, à la recherche de disques de Philip Glass, que je suis tombé sur ce disque qui me semblait fort intéressant ; l'organiste Donald Joyce a repris cinq pièces du répertoire de Glass pour les jouer... à l'orgue. Un orgue de 4861 tuyaux et quatre claviers ! Je dois avouer que je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire comme effet. Premièrement, un bémol sur le choix des pièces : Joyce a choisi des pièces qui sont trop homogènes, ce qui fait que d'un bout à l'autre du disque, on a la désagréable impression de toujours ré-entendre la même pièce (c'est moins le cas avec la dernière pièce). Ensuite, Joyce a choisi des pièces tellement «fortes« dans l'imaginaire de Glass que leurs transpositions à l'orgue passe difficilement la rampe. De plus, un étrange souffle vient gâcher les dernière mesures de la première pièce - où était l'ingénieur du son ?

Mon sentiment général face à ce disque est que je suis resté sur mon appétit. C'est beau, mais sans plus. Ce qui vient sauver le tout, c'est la dernière pièce (Satyagraha, opera Act 3: Conclusion) : c'est une musique qui se prête très bien pour l'orgue et ce, même si à l'orgue, la pièce ne possède pas le pouvoir envoûtant de l'original.


Organ Works
Philip Glass (compositeur)
Donald Joyce orgue.
Étiquette RCA
1. Dance, pieces (5) for ensemble Dance lV,
2. Mad Rush, for piano (or organ)
3. Dance, pieces (5) for ensemble Dance ll
4, Music in Contrary Motion
5. Satyagraha, opera Act 3: Conclusion


[1] «C’est la première fois que Philip Glass autorise quelqu’un d’autre que ses propres musiciens à endisquer sa musique. Et c’est la première fois qu’une autre étiquette que la sienne propose sa musique. J’ai vu ça comme une forme de respect mutuel.»


Compte de notes - 27 Mars




L'Art de la fugue ; encore un peu plus loin...

«S'il me fallait désigner le sommet de la création humaine,
je nommerais l'Art de la Fugue
».
- Jean Le Moyne, Convergences, 1960

Je me souviens d'un passage du film «Children of a lesser God» ou William Hurt tente d'expliquer à Marlee Matlin (qui est sourde), ce qu'est la musique de Bach, par la gestuel du langage ; il met sa main gauche sur son coeur (l'émotion, la musique) pendant que son bras droit est tendu vers le ciel (Dieu, l'absolu). Tranquillement, il fait se rapprocher ses deux mains pour unir l'index et le pouce de la main droite avec l'index et le pouce de la main gauche pour en faire ruban de moebius : une fusion complète. Naturellement, il échoue lamentablement à faire comprendre la musique et Bach à une sourde. Je n'ai gardé aucun souvenir de la pièce de Bach que l'acteur écoute au moment de cette scène, mais L'Art de la fugue (die Kunst der Fuge, BWV 1080) aurait pu y figurer tellement cette oeuvre s'approche de la perfection ; «die Kunst der Fuge» est un modèle absolu de rigueur et de perfection du style contrapuntique, ce qui permet à l'oeuvre d'atteindre des sommets sans doute inégalé dans toute l'histoire de la musique occidentale (rien de moins !)

Ce long préambule pour vous dire que j'ai acquis dimanche, chez Sillons, le die Kunst der Fuge de Bach, dans sa version pour orgue, avec André Isoir aux claviers. Une version récompensée par rien de moins que par un Diapason d'or, un Choc du monde de la musique et finalement, couronnée par un Grand prix du disque. C'est une très belle interprétation - quoi que je trouve discutable le choix de l'ordre des contrepoints, mais Isoir étant de la vieille école, son choix ne me surprends guère. Pas vraiment un bémol cependant. Pour quiconque aime l'orgue, je recommande cette version, une des très belles qu'il m'ait été donné d'entendre sur disque, dans une version pour clavier. André Isoir, en vrai poète du clavier, appuyé il est vrai par des sonorités d'un orgue absolument magnifique, permet à cette musique presque mathématique, d'atteindre un degré quasi extatique. On «sort» de cet enregistrement un peu bousculé devant tant de de pureté et de beauté. Mais je préfère encore l'excellente version de Bernard Lagacé chez Analekta ; brillante, inspirée, cette version touche au sublime dans certains passages. Enregistré sur deux CD - contrairement à la version de Isoir qui fait tout de même 78 minutes - Lagacé n'a pas hésité a faire toutes les reprises (de ce que j'en connais du moins ; je ne suis pas un spécialiste...). Cela apporte une autre dimension à l'oeuvre. Comme une profondeur, une méditation sur le sens et la place de l'être humain ici, maintenant. On dépasse le sublime pour toucher le mystique, l'indicible...

L'Art de la fugue, longtemps considérée comme le testament de Bach - à l'image du Requiem de Mozart - est resté inachevée (même si ce n'est pas l'opinion de tous. Voir Wikipédia à cet effet). Il ne faut donc pas se surprendre si au beau milieu d'une mesure (contrapunctus 19), paf ! plus rien : la musique s'arrêtant brutalement - ou demeurant comme suspendue...

Pour quelqu'un qui n'aime pas trop l'orgue ou qui ne connaît pas cette oeuvre et qui souhaiterait acquérir l'Art de la fugue, je conseillerais peut-être - malgré ses imprefections - la version pour orchestre de St-Martin-in-the-Fields et Neville Marriner ; c'est moins «austère» que l'orgue.

Me reste plus maintenant qu'à mettre la main sur la version - malheureusement demeurée incomplète - enregistré par Glenn Gould. Et tant qu'à rêver, j'aimerai bien mettre la main sur le coffret de 22 CD - l'intégrale en fait - des oeuvres pour orgue et autres oeuvres pour clavier de Bernard Lagacé, chez Analekta - P.S. mon anniversaire c'est bientôt ;-)

Je possède en tout huit versions du «die Kunst der Fuge» (dont une surprenante version pour quatre saxophones !) Voici la liste :

En CD :
1. Quator de Saxophones (Quatuor de saxophones Nelligan)
2. Orchestral (St-Martin-in-the-Fields, Neville Marriner. Philips)
3. Orgue (Bernard Lagacé, Analekta. 2 CD)
4. Orgue (André Isoir, Caliopée)

En vinyle :
1. Orchestre de chambre (Orchestre de chambre de La Sarre, Karl Ristenpart. Musidisc - Richesse classique)
2. Orchestre de chambre (Ensemble Wolfgang Von Karajan, Carl de Nys. A. Charlin Disques)
3. Orgue (Helmut Walcha. Archiv Produktion)
4. Clavecin (Davitt Moroney. Harmonia Mundi)



Note : je comprends toujours pas pourquoi le prix des disques dits classiques est toujours aussi élevé chez un disquaire ; ce n'est pas propre a Sillons de vendre si cher : c'est partout pareil ! Je suppose que c'est le prix a payer pour avoir de la musique «sérieuse».... Je vais continuer a acheter chez Amazon...

vendredi 6 mars 2009

Compte de notes - 06 Mars



Photo de l'auteur. Orgue de l'oratoire St-Joseph, Montréal. 1er mars 2009.


Je suis un passionné de musique pour orgue. Je n'ai jamais vraiment compris comment la musique pour orgue était arrivé dans ma vie ; du baroque de Buxtheude en passant par le mysticisme de Max Reger, du groupe Harmonium (si ! si ! )* en passant par Pachelbel, Bach, ou la musique en phases de Steve Reich et répétitive de Philip Glass, la musique pour orgue me fascine depuis toujours. Pourtant, d'aussi loin que je me souvienne, il n'y avait pas de musique pour orgue à la maison. Je crois que ma mère, qui possédait pour l'époque une quantité assez incroyable de vinyles, n'avait pas un seul disque dédié à la musique pour orgue. Encore plus drôle : je n'ai assisté qu'a deux concert d'orgue dans ma vie, dont un était.... une répétition (je ne devais donc pas être là en principe) ! Donc, le mystère demeure entier ! Bref, en feuilletant la revue «À rayons ouverts» de la BAnQ (qu'un copain m'a fait parvenir en PDF sans savoir que j'étais déjà abonné à la version papier) je suis tombé sur un article très intéressant - quoi que trop court - de Élisabeth Gallat-Morin sur «Le livre d'orgue de Montréal». «Le livre d'orgue de Montréal» c'est le plus volumineux manuscrit de musique d'orgue française de l'époque de Louis XIV à nous être parvenu. Et c'est à Montréal, dans le fonds Jean-Joseph Girouard conservé à la fondation Lionel-Groulx, que fut découvert le manuscrit de 540 pages, en 1978. On sait fort peu de chose de ce manuscrit : il fut apporté de France en 1724 part un jeune clerc sulpicien du nom de Jean Girard. Seuls 16 des 398 pièces ont pu être identifiées ; elles sont de Nicolas Lebègue, un des quatre organiste du Roi. Le reste demeure anonyme.

Une partie de ce manuscrit a fait l'objet d'un enregistrement sur deux CD en 1983, avec Kenneth Gilbert à l'orgue, et paru en 1994 chez Analekta. À ma connaissance, personne n'a enregistré ce volumineux livre d'orgue au complet et c'est bien triste car c'est une musique tellement belle et accessible aussi. C'est souvent avec «Le livre d'orgue de Montréal» que j'initie mes amis à la musique pour orgue - oui, oui, avant Bach ! Je possède ce coffret depuis 1995 ou 1996 et je ne me lasse pas de l'écouter encore et encore.

On peut consulter le fac-similé du manuscrit original ou son édition moderne - et même écouter les enregistrements sonores d'une sélection de pièces ici (pour mordus seulement !)


«Le livre d'orgue de Montréal»
Coffret de deux CD
Kenneth Gilbert, orgue.
AN 2 8214-5

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* «Lumière de vie», album «l'Heptade» à 13'29'' jusqu'à la fin