Je suis un épicier...N’ayez crainte, je ne sors pas du placard en avouant exercer le métier d’épicier plutôt que celui d’archiviste ! Non, mais en lisant le très beau texte sur la langue de notre amie « Le Vieux Bandit »[1], je n’ai pu m’empêcher de repenser à Octave Crémazie (1827-1879) et son
peuple d’épicier :
«
J’appelle épicier tout homme qui n’a d’autre savoir
que celui qui lui ait nécessaire pour gagner sa vie ».
- lettre du 10 août 1866 à l’abbé Casgrain
Trop souvent, on se contente du peu que l’on a, on s’assoit sur ses (pauvres) lauriers et on s’imagine que c’est assez pour avancer dans la vie. Mais est-ce vraiment assez ?
«
Parfois, côté boulot, je suis un peu découragée. Il y a, d’un côté, des tonnes de gens qui ne savent pas écrire [...] et de l’autre, tout un tas de gens qui ne savent pas lire »
- Vieux Bandit (Op. Cit.)
je l’avoue, je fais partie de la première catégorie. Quiconque parcours mon blogue aura vite compris que je maîtrise la langue française que de façon approximative ; mon texte est remplis de fautes, d’anglicismes. Il me serait facile de blâmer mes maîtres du passé, le système d’éducation, le manque de temps, Internet (tout est de la faute d’Internet, non ?). Mais je dois surtout me blâmer moi pour une telle incurie. Je suis un épicier.
Mais ce qui est surprenant, c’est de constater que malgré des lacunes évidentes en français, j’ai tout de même pu me hisser jusque sur les bancs de l’université et décrocher un diplôme (il est vrai que de mon temps, il n’y avait pas d’examen d’entrée à faire. Pire : j‘ai même pas fait le cégep !). Je suis un épicier.
Encore plus ? j’ai réussis, d’une certaine façon, à
berner tous mes employeurs avec mon français écrit. Est-ce donc dire que savoir lire compte plus pour un archiviste que de savoir bien écrire ? Ou peut-être que le français de mes employeurs n’était pas meilleur que le mien ! Je ne sais pas. Je suis un épicier.
«
Ce qui me hérisse, au fond, c’est le manque de rigueur que je vois partout. »
- Vieux Bandit (Op. Cit.)
Oui, Vieux Bandit, le manque de rigueur est partout. Mais est-ce une raison suffisante pour baisser les bras et se faisant, perpétuer cette état de chose ? Je ne pense pas. Je suis un épicier.
Chose certaine ; je ne pourrai
jamais blâmer ma mère d’avoir encouragé une quelconque forme de laxisme, elle qui à toujours vue à remplir la maison de livres et de disques et qui n’a jamais été avare de son rare temps libre pour nous donner un coup de main avec les devoirs et leçons. Même après une dure et longue journée de labeur au boulot comme secrétaire. Ou après avoir fait le souper, la vaisselle et tout le reste. Je suis un fils ingrat. Je suis un épicier.
« Écrivez! Mais de grâce, reconnaissez vos limites, et par pitié, repoussez-les! »
-Vieux Bandit (Op. Cit.)
Je tacherai de faire mieux dans le futur. Mais j’ai mes limites, je le reconnais. Je suis un épicier...
Note : vous pensez sans doute que sous une forme un peu tordu d’humour, mon billet tente de ridiculiser le beau texte de VB ? C’est que vous ne connaissez pas la vénération que je porte à cette fille - bon d’accord, vénération est sans doute un peu fort : disons plutôt que c’est de l’admiration sans borne ;-)
[1] http://www.vieuxbandit.org/blog/2007/10/12/reflexions-de-travail/