
Auteur connu de nouvelles aux États-Unis, Travis Holland présente avec «Loubianka» (titre original : The Archivist's story) son premier roman. Passage réussit je dois l'avouer.
Moscou, 1939. Pavel Vassiliévitch, ancien professeur déchu de littérature, occupe maintenant les fonctions d'archiviste à la tristement célèbre prison de la Loubianka. Toute la journée, il classe des oeuvres littéraires censurées par le régime, en vue de leur destruction. Et c'est dans cette prison pour intellectuels et autres dissidents que Pavel décide de jouer sa vie, pour protéger un manuscrit inachevé d'Isaac Babel, qui compte parmi les détenus.
Partagé entre une ami - et mentor - qui confronte une administration pourrie et sa famille qui risque la déportation, Pavel comprends que «son tour» arrivera bientôt : il a e choix entre l'exil ou l'attente : l'attente du NKVD (ancêtre du KGB) qui va débarquer dans son appartement, aujourd'hui, demain, un autre jour ? Qui sait. Pavel lui, prend le parti d'attendre...
«Tolstoï. De tous les écrivains sur lesquels Pavel faisait
jadis cours à l'université Kirov, seul Gorki était aussi
inattaquable. [...] Tolstoï, si irascible qu'il ait pu être
de son vivant, se montrait nettement plus accommodant
depuis sa mort : on pouvait incliner ses idées dans le sens
du Parti. En définitive, le vieillard était peut-être
simplement trop monumental pour être éliminé...»
P. 95
Évocation réussit du stalinisme. Mais on y parle assez peu des archives cependant.
«J'ai toujours regretté qu'il [Babel] n'ait pas publié d'avantage.
- Quand je pense aux absurdités qui passent aujourd'hui [..] Je
me demande parfois comment les générations de l'avenir nous
considéreront. Sans doute comme une bande de fainéants abrutis
occupés à parader en hurlant des slogans sur le bonheur dont est
remplie leur vie.
- Peut-être ne retiendra-t-on rien de nous...»
P. 181
Un premier roman réussit donc, sans être une grand roman. Le roman n'est pas exempt d'humour en plus. L'auteur démontre aussi une bonne connaissance de la Russie de 1939. Le russophile en moi a été charmé par un américain ;-)
«Loubianka»
Travis Holland
Titre original : The Archivist's story
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Giraud
10/18, collection Domaine étranger. 282 pages
2008 pour cette édition
ISBN : 9782264046604
CCR : 112.r/HOL
lundi 4 mai 2009
Compte de mots - 04 Mai
dimanche 3 mai 2009
Acquisitions - 03 Mai
Acquisitions et découverte
Photo : Daviel Lazure Vierea
J'ai complètement oublié de vous dire que j'ai découvert un peu par hasard, il y a un peu plus d'un mois, une libraire de livres usagés sur le plateau : La libraire «Le port de tête». C'est une librairie comme il n'en existe lus - ou presque : plancher de bois francs, des étagères partout, de l'ordre sur les tablettes et une véritable équipe de libraires pour vous aider. Une librairie où l'on se surprends à parler tout bas, comme de peur de déranger le bouquineur qui sommeil en chacun de nous. Une vraie belle librairie avec un vrai fonds de livres : La littérature, les sciences humaines et les arts constituent l’essentiel du fonds, en livres neufs ou d’occasion . Ici, oubliez les petits collants en forme de coeur sur la C1 ; seule la qualité est au rendez-vous : qualité des livres et qualité du service. Un seul bémol ; les livres sont un peu chers. Mais je le répète, que de la qualité et ça, ben ça n'a pas de prix - ou presque.
C'est décidé, après seulement deux visites en un mois, c'est dans cette librairie que je vais faire le plein de livres usagés maintenant. D'ailleurs, j'ai déjà ma «carte de membre» ;-)
De passage hier, j'y ai acquis les livres suivants :
«La soeur de Judith», Lise Tremblay
«Les grandes marées», Jacques Poulin
«Le monde de Barney», Mordecai Richler
«Docteur Sax», Jack Kerouac
Devinette ; quel est le point commun entre ces quatre auteurs ? Réponse plus tard cette semaine....
Le port de tête, librairie.
262, avenue du Mont-Royal Est
Montréal (Qc) H2T 1P5
samedi 2 mai 2009
Compte de mots - 02 Mai

Mensonges d'État : Comment Bush a perdu la guerre
«C'est vrai, il [George W. Bush] il ne montre pas une
grande curiosité intellectuelle. Tenez, je me souviens
qu'il m'a dit, une fois ; Je ne veux pas ressembler à
mon père, je veux ressembler à Ronald Reagan».
P. 615
«George W [Bush] avait passé sa jeunesse à hésiter
entre rébellion et compétition, ne sachant pas s'il
voulait s'opposer à son père ou le battre à son propre
jeu. C'était la seconde voie qu'il avait choisie et elle
aboutissait à un désastre».
P. 617
Troisième tome de cette trilogie que Bob Woodward (All the President's Men co-écrit avec Carl Bernstein, The Secret Man: The Story of Watergate's Deep Throat) a écrit sur l'administration Bush. «Mensonges d'État» est de loin le meilleur des trois.
Dans sa façon bien à lui de nous plonger au coeur du pouvoir, Woodward nous explique avec force et détails pourquoi tout a déraillé en Irak. On pourrait résumer ainsi : dans tous les cas de figure, face à deux solutions, l'administration Bush a toujours privilégié la mauvaise solution. Toujours. Même chose dans le choix des personnes pour les postes clefs : entre deux, le choix s'est toujours - toujours - porté sur le pire ; l'arrogance et l'aveuglement de Donald Rumsfeld, les doutes de Condoleezza Rice, l'omniprésence de Dick Cheney, la marginalisation de Colin Powell. Mais surtout, surtout, le déni le plus total de George W. Bush qui, avant même de mentir à l'Amérique et au monde, s'est d'abord menti à lui-même.
«L'administration Bush avait cru que Saddam Hussein
dirigeait un État moderne, efficace, et s'était imaginé
qu'une fois le ditacteur renversé, le pays recommencerait
à fonctionner. L'éffondrement général n'avait pas été
prévu, ni sa conséquence : la nécessité de tout
reconstruire à partir de zéro».
PP. 616-617
La publication aux États-Unis de ce livre a eu un tel retentissement que certains commentateurs lui ont attribué une part dans la victoire des opposants à la guerre lors des élections au Congrès de novembre 2006. Mais attention, il ne s'agit pas ici d'un livre militant mais comme toujours avec Woodward, de journalisme d'enquête implacable. Je recommande pour quiconque désire en connaître un peu plus sur l'histoire de cette minable administration et sur les dessous de la débâcle de la guerre en Irak.
Mensonges d'État : Comment Bush a perdu la guerre
Bob Woodward
Titre original «State of Denial»
Gallimard, collection Folio Documents
2008 pour cette édition. 718 pages.
ISBN : 9782070356294
CCR : 412.p/WOO
vendredi 1 mai 2009
Média - 1er mai

Québécor tire la plogue du Ici !
La Corporation Sun Media, une division de Quebecor Media a annoncé que l'édition papier de l'hebdomadaire culturel montréalais Ici paraissait pour la dernière fois hier. On le sait, la récession et la crise dans les médias (en grande partie la faute d'Internet et des Internautes selon les grandes corporations) explique toujours les déboires des quotidiens et hebdomadaires :
«Malheureusement, compte tenu de la crise qui sévit dans
l’industrie de la presse écrite, de même que de la chute
dramatique des revenus publicitaires des journaux...»
- extrait du communiqué de presse de Québécor
C'est oublier que le Ici n'attirait que 89 000 lecteurs par semaine versus 500 000 pour le Voir. En 12 ans d'existence, le Ici n'a jamais réussit à se démarquer. Suis-je peiné ? Honnêtement, j'ai cessé de lire le Ici et le Voir depuis bientôt 10 ans ; il serait bien malhonnête de ma part de commenter la chose. Mais ce qui me désole au fond, c'est que l'absence de diversité laisse toute la place au deux médiocres quotidiens gratuits distribué dans le métro (et ailleurs aussi) : le Métro et le 24 heures, ce dernier, propriété de Québecor...
Compte de mots - 1er Mai

«Cette guerre - unilatérale - que je menais contre Saint Oswald depuis notre première rencontre avait bien évolué : d'abord la haine, puis l'admiration, la colère et la poursuite inlassable».
P. 101
Ça fait déjà deux semaines que j'ai terminé ce qui s'avère pour l'instant mon plus gros coup de coeur de 2009 : «Classe à part» de l'anglaise Joanne Harris. Son nom ne vous est sans doute pas inconnu : elle est l'auteure du roman «Chocolat» (mièvrement porté au grand écran il y a quelques années).
«Classe à part» c'est l'histoire d'un enfant pauvre et désoeuvré qui rêvait de fréquenter le prestigieux collège Saint Oswald. Mais voilà, avec un père alcoolique et gardien dans ce même collège et une mère qui est depuis longtemps disparue du paysage, le rêve de cet enfant semble irréalisable. Vraiment ? Déguisé en élève, il se faufile à l'intérieur du collège, en découvre tous les secrets et se lie d'amitié avec un élève. Mais tout ceci ne fait pas de lui un élève de Saint Oswald... Vingt ans plus tard, devenu professeur à Saint Oswald, il prépare sa vengeance...
Entrecoupé de flashs back qui nous permettent de comprendre et reconstruire son enfance, nous marchons dans ses pas de même que dans les pas d'un vieux professeur de latin.
Difficile d'en parler plus longuement sans révéler le «punch». Tout ce que je m'accorde à vous dire c'est que la romancière sait comment écrire une histoire, comment captiver le lecteur et comment nous surprendre.
C'est un livre que je recommande fortement. C'est un livre coup de coeur. C'est le livre que je vais prêter toute l'année à mes amis.
«Classe à part»
Joanne Harris
Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Jeanette Short-Payen
Titre original : «Gentlemen and players»
Points.
Paris, 2008 pour cette édition. 539 pages.
ISBN : 9782757809358
CCR : 121.r/HAR
